Confession

«La terre s'use, l'amitié des âmes, jamais. Quand on s'aime d'amitié, on voudrait pourtant que nos corps ne vieillissent point parce qu'on sait que la séparation approche de jour en jour.»
[Jean-Michel Wyl]
Extrait de Les Chiens de Satan


Aujourd'hui, elles sont loin de moi, mais elles sont heureuses. Bientôt, elles deviendront des femmes et elles trouveront le bonheur dans les bras d'un homme. Il m'arrive d'avoir envie de prendre de leurs nouvelles, mais jamais je n'ose leur parler. Je reste en retrait.

Leurs voix et leurs éclats de rire reviennent parfois me caresser. Tous ces moments où je rêvais de me montrer forte, de les protéger des autres et d'apaiser leur colère s'échappent des coins de mon esprit, là où je les ai si longtemps tassés.

C'était une amitié si forte et si belle qu'elle en était devenue un refuge pour elles comme pour moi. Le temps de quelques étés, j'ai vécu dans les plus doux des rêves.

Puis elles sont parties. D'autres amitiés sont nées, d'autres projets ont effleuré leur esprit, mais je ne leur en veux pas, je ne leur en voudrai jamais.

Je n'en voudrai jamais à celles qui m'ont appris à aimer sans violence et sans attentes.

# Posté le vendredi 24 juillet 2009 12:24

Modifié le mardi 28 juillet 2009 23:36

La chambre 6

Karen entra à l'hôpital et son regard se promena sur les gens assit dans la salle d'attente de l'urgence, se rappelant combien de fois elle était venue ici auparavant. Toutes ces nuits, toutes ces journées passées sur ces chaises inconfortables où elle attentait, où elle s'efforçait de garder espoir, lui revinrent en bloc. Une semaine. Cela lui avait semblé si long.

La jeune femme longea le mur, son regard s'attardant malgré elle sur un jeune couple enlacé. Son c½ur se serra, mais elle garda la tête droite. Elle avançait toujours et elle traversa le long couloir en moins d'une minute ; elle s'empêcha deux fois de se retourner pour voir les jeunes tourtereaux de l'urgence. Plus seule que jamais, elle s'engouffra dans l'ascenseur et se laissa emporter, fixant le vide, les bras croisés sous sa menue poitrine : tout irais bien, maintenant.

Elle marcha encore un peu et entra dans la sixième chambre à sa droite, comme elle en avait prit l'habitude au cours des dernières jours. À l'intérieur, les doux rayons du soleil commençaient tout juste à se faufiler sous les rideaux et la pièce était baignée d'une odeur de produits ménagers entêtante.

- Derek, murmura-telle.

Couché sur son lit blanc, l'interpelé plissa les yeux et émit un faible râle. Il se remettait difficilement de tous les traitements, de tout ce qu'on lui avait administré depuis la dernière semaine, mais sa condition s'améliorait. Karen déposa délicatement sa main sur la joue blafarde de l'homme qu'elle aimait et le caressa tendrement.
La première fois qu'elle était entrée dans la chambre, elle y avait trouvé Derek dépourvu de sa longue crinière blonde, de ses longs cheveux ondulés qu'il affectionnait tant. Les doigts de Karen glissèrent sur l'arrête de son nez et elle frémit à nouveau devant cet être si vulnérable qu'était devenu le colosse qui lui avait demandé sa main.

À l'extérieur de la chambre, le personnel commençait à s'affairer et la fiancée de Derek comprit qu'elle devrait bientôt le laisser à leurs bons soins. À contrec½ur, elle se pencha pour lui dire au revoir et embrassa son ange sur le front : il ouvrit lentement les yeux, ses iris bleus contemplant Karen avec émerveillement. Avec amour, celle-ci prit sa main et l'approcha de son ventre rond.

-Nous veillons sur toi, souffla-t-elle.

# Posté le mardi 30 juin 2009 13:16

Modifié le mardi 30 juin 2009 14:48

All Dressed

All Dressed
Les jeunes gens se rencontrent, s'amourachent l'un de l'autre et décident de fonder une famille : c'est le scénario habituel, mais dans mon cas, il n'y a pas eu de famille. Pas de cris de joie, pas de blessures à panser, pas de pleurs à apaiser. Pas d'enfants. En me mariant avec Raymond, c'est une pizzeria que nous avons fondée.

J'ai tout de suite accepté, alors que j'aurais préféré poursuivre mes études et devenir infirmière. C'est ainsi que je me retrouvai, vingt ans plus tard, derrière le comptoir du All Dressed, à prendre des commandes tous les jours. Le temps avançait avec la même lenteur que nos livreurs et Raymond, quant à lui, ne trouvait plus de réconfort que dans le décolleté de Miss Sandy.

Cette grosse jeune femme venait régulièrement nous visiter, mais n'achetait presque rien. Ses sourcils étaient aussi rouges que ses cheveux flamboyants et seins semblaient vouloir exploser tant la peau qui les couvraient était striée de vergetures et de veines verdâtres. Aussi laide soit-elle, Raymond la préférait à moi. Je la détestais, je la détestais autant que je détestais mon mari pour ce qu'il me faisait endurer. Je savais qu'il me trompait avec elle, je l'avais deviné le premier jour où elle avait posé les pieds dans notre commerce et depuis, j'attendais ma vengeance.

Elle, elle devait me trouver belle, peut-être était-elle-même attirée par moi. Un soir, elle frôla ma main avec un air aguicheur, parce qu'elle savait tout autant que moi que mon mari me délaissait, que j'étais une vieille mal baisée. C'est pour cela qu'elle souriait, parce qu'elle dominait notre couple, la salope.
J'avais déjà confronté Raymond à ce propos, mais il m'avait aussitôt rétorqué qu'il ne faisait rien de mal, qu'il prenait simplement les belles choses qu'il voyait, ce que la nature lui offrait. Il avait même eu le culot d'ajouter que Sandy était belle à croquer.

Ainsi, c'est avec hargne que je rendis à Sandy sa caresse, bien décidée à lui arracher ce qu'elle offrait de plus que moi à mon mari. Avec dégoût, j'approchai mes lèvres des siennes et j'accueillis sa langue dans ma bouche; je découvrais Miss Sandy, sentant l'accumulation de tartre sur ses dents, tentant d'oublier cette impression de peluches qui s'en dégageait. J'avais terriblement envie de la gifler, mais je me retins : elle me serait bien utile tout à l'heure.

Je souris à ma miss et, brutalement, je lui pris le bras en lui proposant d'aller dans la cuisine. Elle roucoula et me suivit en se dandinant, se caressant les seins au passage. Peut-être tentait-elle de calmer un peu ses envies, ou me haïssait-elle vraiment, peut-être étais-je même un obstacle à ses yeux. De mon côté, j'avais assez hâte d'en finir avec elle : Raymond allait y goûter, oh oui.

Laissant ses doigts glisser sur le four éteint, elle se retourna vers moi et, dans un geste qui se voulait provoquant, elle s'étendit sur le sol et écarta les jambes tout me regardant droit dans les yeux. La scène fut assez drôle, d'ailleurs, car elle retomba lourdement sur ses fesses flasques et tenta de garder son sourire malgré la douleur.

Amusée, je lui servis un sourire invitant et lui proposai aussitôt d'y intégrer quelques aliments. Elle pensa sûrement à quelque concombre bien ferme, mais c'est un disque de pâte que j'étendis sur le sol. Elle écarquilla les yeux, mais orienta ses caresses ailleurs. Ses doigts se baladaient lentement sur sa culotte blanche et exerçaient une forte pression. Elle semblait apprécier.

Mon regard la suivait et je retenais un rire : elle était si ridicule. Je me secouai un peu la tête, rassemblant ce que j'avais de détermination et avançai vers elle. On aurait dit un immense béluga pris d'une crise d'épilepsie, gémissant comme un chien blessé. Elle me voulait, oh oui, le béluga me voulait.

M'agenouillant près d'elle, je tendis ma main vers son entre-jambe, me rappelant les anchois que j'avais sortis du réfrigérateur hier soir en rangeant la cuisine, ce que Raymond ne faisait jamais, évidemment. Il était trop occupé avec son beau béluga roux. Agrippant le tissu qui recouvrait ses muqueuses humides, j'approchai ma bouche de ses cuisses que je léchai sans grande conviction. J'avais envie de lui demander si Raymond lui faisait ça souvent.

Un ½il vers ma pâte à pizza, et je me lançai. La déshabillant de ma main et tentant de l'habiller du regard tant ce n'était pas joli à voir, je plongeai ma langue dans l'amas de poils roux qui s'offrait à moi, ces poils qui couvrait un pubis flasque et gras. Oh, c'était acide au goût. Parfait.

Occupant ma langue à quelques mouvements désordonnés tandis que mon béluga haletait, je plongeai mes doigts dans cet orifice ruisselant qui s'offrait à moi et je grattai un peu avec un ongle : j'avais visé juste. Ce serait ma garniture.

Mais que serait la fameuse pizza du All Dressed sans une bonne vieille sauce tomate? Cherchant un peu autour de moi, je réalisai qu'il n'y avait rien à ma portée. C'est pourquoi je tendis ma main en cuillère vers ma vulve ensanglantée et y pris un peu de ce fluide poisseux dans lequel je baignais, pour ensuite l'étendre sur ma pâte. Miam, de la bonne pizza.

De la viande ? Oh non, pas le temps, Sandy m'appelait en me suppliant, elle n'avait rien vu, elle se caressait encore. Ce serait une pizza au fromage finalement. Je la pénétrai à nouveau et allai chercher, dans ce vagin emplit de glaire et d'une substance blanche et grumeleuse – typique d'une candidose vaginale, comme mon nez l'avait pressentit – ce qu'il manquait à ma recette.

Je me levai, essuyant mes ongles sur mon pantalon, et soulevai ma petite pizza pour la mettre dans une jolie boîte en carton dont le design avait été pensé par mon mari : des ingrédients divers, un chef à l'air imbécile et le nom de notre pizzeria. Lentement, à l'endroit où se trouvait l'entre-jambe de l'homme, j'inscrivis au gros crayon noir :

Pour toi, mon beau Raymond, ce que les femmes ont de meilleur à t'offrir.

# Posté le vendredi 26 juin 2009 11:37

Modifié le vendredi 26 juin 2009 11:50

Le prix du bonheur


C'est bien la campagne, vous savez. Mes parents travaillaient sur la terre de nos bons vieux ancêtres et ils passaient leur journée dehors, puis quand ma mère rentrait, elle se mettait à la préparation d'un bon repas et si j'avais été gentil toute la journée, elle me donnait du lait. C'est bon du lait, mais les adultes n'en boivent pas autant que moi.

De mon côté, durant la journée, je jouais derrière la maison avec mon bout de bois préféré, celui avec des rayures bleues et rouges que mon père avait tracé au feutre la fois où il avait pris un jour de congé parce qu'il s'était blessé.

Je m'inventais des histoires de chevaliers qui tombait amoureux d'une grenouille, comme dans le livre que maman m'avait rapporté du château. Ça, c'est l'endroit où il y a des gens riches et plein de choses à vendre, au grand château de la Ville. Donc, comme je disais, je jouais avec mon bout de bois chevalier et madame grenouille qui veut tuer des nains, parce que dans le livre de maman, il y a une histoire d'amour comme ça. Papa en a arraché quelques pages le jour où il voulait emballer le cadeau de maman, mais j'ai quand même très bien compris l'histoire. Je ne suis pas stupide, moi.

Et puis un soir, alors que j'allais me coucher, j'ai vu ma maman avec presque pas de vêtements qui sortait de la maison. Le lendemain, quand je me suis réveillé, elle n'était pas là. Elle est arrivé à midi, quand le soleil était très haut – c'est papa qui m'a appris qu'il est midi quand le soleil est très haut et qu'il fait très chaud – et elle m'a sourit, comme si elle avait jamais été partie. Je lui ai demandé où elle était allée et elle m'a répondu qu'elle avait décroché un emploi comme servante au château de la Ville.

À partir de là, je voyais maman de moins en moins souvent, mais je savais pourquoi. C'est un truc de grands. Elle était contente d'avoir de l'argent, alors, comme plus elle travaillait, plus on lui en donnait, elle passait le plus de temps possible à travailler. C'est bien l'argent, hein ? On peut acheter plein de choses avec ça, comme des crayons à colorier. Mais les amis, ça, par contre, ça ne s'achète pas. C'est dommage, parce que j'aurais aimé en avoir pour jouer aux chevaliers et aux grenouilles avec eux.

L'année d'après, papa a décidé, quand je suis devenu un grand garçon, de me faire travailler avec lui. Alors c'était fini les journées à jouer derrière la maison, je devais aller dehors au soleil. Ce n'est pas que je n'aime pas le soleil, mais il me donne soif, alors je bois plein d'eau et je vais faire pipi souvent, donc papa dit que je ne l'aide pas beaucoup même si il est sûr que j'ai des bonnes intentions. Papa il est gentil avec moi, mais il ne parle pas souvent de maman. Il dit que c'est une femme facile qui a choisi une vie facile. Je la comprends, moi aussi j'aimerais avoir une vie facile, mais mon père il a l'air fâché quand il parle d'elle : c'est parce qu'il ne comprend pas qu'elle va revenir avec tout plein d'argent.

Mon papa il avait l'air malheureux, alors il cherchait une façon de nous rendre heureux tous les deux. Je ne vois pas pourquoi, en fait. J'avais tout ce que je pouvais espérer, c'est lui qui ignorait notre bonheur. Enfin, tout ça pour dire qu'il a dit qu'il essaierait d'aller vers la côte pour vendre des poissons et qu'il me rapporterait le plus gros poisson du monde. Il était bon le poisson qu'on mangeait ensemble. Miam! Au moins c'était bon du poisson, j'en pouvais plus de manger des patates. Le seul truc, c'est que papa travaillait longtemps. Trop longtemps peut-être. Tellement, qu'un jour, il n'est pas revenu. Moi, je crois qu'il est en train de pêcher un gros poisson. Oui, et qu'il va revenir avec pour qu'on le mange tous les trois, ensemble, papa, maman et moi !

La madame de l'orphelinat, elle ne me croit pas. Elle me caresse la tête en me serrant contre elle, mais dans ses yeux, je vois qu'elle n'y croit pas. Une fois, je l'ai même entendue dire que j'étais orphelin. C'est même pas vrai, si j'étais orphelin, j'aurais plus de parents, alors que moi, mes parents, ils travaillent très fort pour moi. C'est la vérité, hein. Mais la madame de l'orphelinat ne me croit pas. Mais les autres enfants, eux, leurs parents sont morts. C'est triste. Je ne voudrais pas imaginer ce que ça doit faire d'être séparer comme ça de ceux qu'on aime. Jamais... La madame est quand même très gentille même si elle n'y connaît rien. Un jour, elle va comprendre que j'ai raison. Comme ça, elle me laissera retourner chez moi attendre que mes parents reviennent de leur travail. Aujourd'hui, ça fait presque deux ans qu'ils sont partis. Mais vous savez, deux ans, c'est rien quand on veut pêcher le plus gros poisson du monde.
Le prix du bonheur

# Posté le mardi 16 juin 2009 21:16