Les jeunes gens se rencontrent, s'amourachent l'un de l'autre et décident de fonder une famille : c'est le scénario habituel, mais dans mon cas, il n'y a pas eu de famille. Pas de cris de joie, pas de blessures à panser, pas de pleurs à apaiser. Pas d'enfants. En me mariant avec Raymond, c'est une pizzeria que nous avons fondée.
J'ai tout de suite accepté, alors que j'aurais préféré poursuivre mes études et devenir infirmière. C'est ainsi que je me retrouvai, vingt ans plus tard, derrière le comptoir du All Dressed, à prendre des commandes tous les jours. Le temps avançait avec la même lenteur que nos livreurs et Raymond, quant à lui, ne trouvait plus de réconfort que dans le décolleté de Miss Sandy.
Cette grosse jeune femme venait régulièrement nous visiter, mais n'achetait presque rien. Ses sourcils étaient aussi rouges que ses cheveux flamboyants et seins semblaient vouloir exploser tant la peau qui les couvraient était striée de vergetures et de veines verdâtres. Aussi laide soit-elle, Raymond la préférait à moi. Je la détestais, je la détestais autant que je détestais mon mari pour ce qu'il me faisait endurer. Je savais qu'il me trompait avec elle, je l'avais deviné le premier jour où elle avait posé les pieds dans notre commerce et depuis, j'attendais ma vengeance.
Elle, elle devait me trouver belle, peut-être était-elle-même attirée par moi. Un soir, elle frôla ma main avec un air aguicheur, parce qu'elle savait tout autant que moi que mon mari me délaissait, que j'étais une vieille mal baisée. C'est pour cela qu'elle souriait, parce qu'elle dominait notre couple, la salope.
J'avais déjà confronté Raymond à ce propos, mais il m'avait aussitôt rétorqué qu'il ne faisait rien de mal, qu'il prenait simplement les belles choses qu'il voyait, ce que la nature lui offrait. Il avait même eu le culot d'ajouter que Sandy était belle à croquer.
Ainsi, c'est avec hargne que je rendis à Sandy sa caresse, bien décidée à lui arracher ce qu'elle offrait de plus que moi à mon mari. Avec dégoût, j'approchai mes lèvres des siennes et j'accueillis sa langue dans ma bouche; je découvrais Miss Sandy, sentant l'accumulation de tartre sur ses dents, tentant d'oublier cette impression de peluches qui s'en dégageait. J'avais terriblement envie de la gifler, mais je me retins : elle me serait bien utile tout à l'heure.
Je souris à ma miss et, brutalement, je lui pris le bras en lui proposant d'aller dans la cuisine. Elle roucoula et me suivit en se dandinant, se caressant les seins au passage. Peut-être tentait-elle de calmer un peu ses envies, ou me haïssait-elle vraiment, peut-être étais-je même un obstacle à ses yeux. De mon côté, j'avais assez hâte d'en finir avec elle : Raymond allait y goûter, oh oui.
Laissant ses doigts glisser sur le four éteint, elle se retourna vers moi et, dans un geste qui se voulait provoquant, elle s'étendit sur le sol et écarta les jambes tout me regardant droit dans les yeux. La scène fut assez drôle, d'ailleurs, car elle retomba lourdement sur ses fesses flasques et tenta de garder son sourire malgré la douleur.
Amusée, je lui servis un sourire invitant et lui proposai aussitôt d'y intégrer quelques aliments. Elle pensa sûrement à quelque concombre bien ferme, mais c'est un disque de pâte que j'étendis sur le sol. Elle écarquilla les yeux, mais orienta ses caresses ailleurs. Ses doigts se baladaient lentement sur sa culotte blanche et exerçaient une forte pression. Elle semblait apprécier.
Mon regard la suivait et je retenais un rire : elle était si ridicule. Je me secouai un peu la tête, rassemblant ce que j'avais de détermination et avançai vers elle. On aurait dit un immense béluga pris d'une crise d'épilepsie, gémissant comme un chien blessé. Elle me voulait, oh oui, le béluga me voulait.
M'agenouillant près d'elle, je tendis ma main vers son entre-jambe, me rappelant les anchois que j'avais sortis du réfrigérateur hier soir en rangeant la cuisine, ce que Raymond ne faisait jamais, évidemment. Il était trop occupé avec son beau béluga roux. Agrippant le tissu qui recouvrait ses muqueuses humides, j'approchai ma bouche de ses cuisses que je léchai sans grande conviction. J'avais envie de lui demander si Raymond lui faisait ça souvent.
Un ½il vers ma pâte à pizza, et je me lançai. La déshabillant de ma main et tentant de l'habiller du regard tant ce n'était pas joli à voir, je plongeai ma langue dans l'amas de poils roux qui s'offrait à moi, ces poils qui couvrait un pubis flasque et gras. Oh, c'était acide au goût. Parfait.
Occupant ma langue à quelques mouvements désordonnés tandis que mon béluga haletait, je plongeai mes doigts dans cet orifice ruisselant qui s'offrait à moi et je grattai un peu avec un ongle : j'avais visé juste. Ce serait ma garniture.
Mais que serait la fameuse pizza du All Dressed sans une bonne vieille sauce tomate? Cherchant un peu autour de moi, je réalisai qu'il n'y avait rien à ma portée. C'est pourquoi je tendis ma main en cuillère vers ma vulve ensanglantée et y pris un peu de ce fluide poisseux dans lequel je baignais, pour ensuite l'étendre sur ma pâte. Miam, de la bonne pizza.
De la viande ? Oh non, pas le temps, Sandy m'appelait en me suppliant, elle n'avait rien vu, elle se caressait encore. Ce serait une pizza au fromage finalement. Je la pénétrai à nouveau et allai chercher, dans ce vagin emplit de glaire et d'une substance blanche et grumeleuse – typique d'une candidose vaginale, comme mon nez l'avait pressentit – ce qu'il manquait à ma recette.
Je me levai, essuyant mes ongles sur mon pantalon, et soulevai ma petite pizza pour la mettre dans une jolie boîte en carton dont le design avait été pensé par mon mari : des ingrédients divers, un chef à l'air imbécile et le nom de notre pizzeria. Lentement, à l'endroit où se trouvait l'entre-jambe de l'homme, j'inscrivis au gros crayon noir :
Pour toi, mon beau Raymond, ce que les femmes ont de meilleur à t'offrir.